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Je suis arrivée au siège de
l’association, à Nha Trang, quelques jours seulement avant la
distribution du mois d Août. La
ville est sur la côte, au Nord de Saigon. L’association se trouve à
l’extérieur de Nha Trang, dans les quartiers périphériques,
longeant le bord de mer. La maison est celle de Kim Ngoc. Elle donne sur
une ruelle. C’est une
maison en longueur, dont la pièce principale s’ouvre sur une cour
fleurie, à l’avant.
Quand je suis arrivée en plein
après-midi, sous la chaleur vietnamienne que je découvrais à peine,
Kim Ngoc m’attendait et m’a accueillie. Quinh Nhu était là, elle
aussi. Assises toutes deux
par terre sur le carrelage de la pièce, elles finissaient de préparer
la distribution. Tout avait certes était acheté mais je compris qu il
fallait maintenant trier les livres, faire des lots et des paquets. Pour
chacun de tous les enfants parrainés….
Le sol était jonché de tout ce
qui attendait nos écoliers : uniformes, cartables et sacoches, les
cahiers, les stylos. Des piles de livres recouvraient les murs.
Je me joignis vite à elles, grâce
aux quelques mots d’anglais de Qhuin Nhu, de mon précieux lexique
franco-vietnamien, de dessins et de gestes. Nous avons ri et j’en ai
appris plus. Sur elles deux : Qhin Nhu a 23 ans, habite avec sa
famille, travaille le matin avec sa mère sur le marché de Nha Trang et
consacre tout l’après-midi à l Ecole Sauvage. Kim Ngoc est plus âgée,
vit seule dans sa maison, l’Ecole Sauvage. Je comprends que
l’association fait partie intégrante de sa vie. Elles m’expliquèrent
ce que nous étions en train de faire : les lots de cadeaux destinés aux élèves. Ils seront différents
selon l’âge et les notes de chacun.
Pour les petits, des puzzles
pour les plus méritants.
Pour les
lycéens, des règles pour dessiner.
Mais tous repartiront avec quelque chose : une trousse, des stylos
brillants, du Tipex.
Nous nous arrêtons avec l’arrivée
de la nuit. La nuit vietnamienne tombe vite, vers 18 heures. Ceci n’étant
pas recommandé par la police, il était trop tard pour trouver un hôtel,
je dors donc chez Kim Ngoc. Sur une natte, sous la moustiquaire, la
chaleur et le ventilateur.
Voilà, je suis au Vietnam.
Le lendemain, nous terminons
l’empaquetage des derniers livres de classe. Nous
constituons des lots individuels de livres, par niveau. À la fin
de la journée, vient un tireur de pousse- pousse. Sur la remorque de
son vélo, il charge une partie des cartons de matériel. En effet, le
lendemain nous partirons pour le
village de Diên Dong, dans la campagne de Nha Trang. Ce sera la première
journée de distribution, pour une trentaine d’élèves. Nous
regardons partir l’ homme, dans la ruelle boueuse,
tirant derrière lui sa montagne folle de cartons… Jusqu’ à Diên Dong.
Nous partons le lendemain en
mobylette pour le village. Je vois, eh oui, des rizieres pour la
première fois de ma vie. La distribution se fait dans la maison de
l’institutrice de l’école de Dien Dong. Nous sommes très bien
reçus. Très tôt, les enfants arrivent. Kim Ngoc leur donne uniformes
et cartables les fait signer sur la liste. Qhuin Nhu et moi leur donnons
cahiers, stylos (dont le
nombre augmente avec la classe) et les fameux lots. Variant selon la
mention : « très bien », « bien »
ou « pas assez bien »…….
La distribution du riz se fait
dedans, sur la balance. C’est l institutrice qui s’en charge, aidée
par les plus grands. Avec l’appareil de l’association, je prends un
portrait de chaque enfant, les bras chargés de matériel neuf. C’est
la photo rituelle de la rentrée.
Tous sont surpris de ma présence
ici. Nous sommes eux et moi intimidés. Ils regardent l’appareil avec
un grand sérieux. Il est très dur de les faire sourire. J’essaye.
J’ose mes premiers mots de vietnamien. Quand ils rient, victoire! Tous
transportent le riz et leurs affaires comme ils peuvent jusqu’à chez
eux. Tout ça est chargé sur les vélos ou
porté par toutes la famille. Les plus grands garçons donnent
des coups de main divers, des parents sont présents. Tous se
connaissent et s’aident, il règne une bonne ambiance familière. Ces
familles connaissent maintenant l’équipe de l Ecole Sauvage. Cela se sent.
La plupart des élèves viennent
le matin. Avant la pesante chaleur. Après le déjeuner toutes nous
dormons.
La deuxième distribution, à Nha
Trang, se fait à une autre échelle.
Ce sont plus de 150 élèves qui viendront durant la journée.
Parfois de très loin. Cela se fait
en deux temps : le garage des voisins de Kim Ngoc a été annexé
pour la pesée du riz. Les élèves eux-mêmes et les mères y
remplissent ensemble les sacs. Kim Ngoc assise à un bureau, fait
signer les élèves, leur parle un moment. J’imagine qu’ elles les
entretient des résultats passés. Le ton se fait parfois sévère. Elle
leur donne un papier, il y est inscrit leur classe et la mention. Cela nous aidera à faire la
distribution.
Celle-ci se déroule à
l’association même. Mères et enfants se pressent dans la salle, qui
soudain devient trop petite. Il faut trouver l’uniforme, les livres de
chacun, le bon nombre de cahiers et de stylos, et garder un rythme
soutenu… Je suis de nouveau la photographe attitrée. Je ne m’ennuie
pas.
Parfois il y a ce regard triste
juste le temps de la pose et un éclat de rire au moment ou je retire
l’appareil. Les plus petits semblent souvent être moins
impressionnés par le moment de la photo. Les mères retirent les
casquettes, les recoiffent, les poussent. Il faut qu’ il soit réussi,
ce portrait.
Et peu à peu, le stock
s’écoule. Chacun repart
avec son bien. Les parents remercient, avec beaucoup de gratitude. Je le
sens. Parfois, sur un visage d’enfant, une insatisfaction : les
notes n’ont pas été assez bonnes, la récompense moins belle que les
autres….
Voilà, la distribution du mois d’août est terminée. Certains enfants
mettront leurs uniformes dès le lendemain, d’autres attendront
Septembre. Ma non connaissance de la langue ne m’a pas permis de
connaître les impressions de chacun, les problèmes qu’ont pu
connaître éventuellement Kim Ngoc et Qhuin Nhu. Même sans la langue,
les filles m’ont vite intégrée à l’aventure, je les en remercie.
Je n’ai pas pu parler aux enfants. J’aurais réellement aimé. Mais
j’étais là, je les ai rencontrés. La photo a été notre contact.
C’était une expérience très touchante.
Trop brève.
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